Sécurité et Eclairage


ÉCLAIRAGE & SÉCURITÉ ROCHELAIS

 

“C’est une chose étrange à quel point la sécurité de la conscience donne la sécurité du reste.”

De Victor Hugo / Les Misérables

 

Nous devons pouvoir engager une discussion territoriale sur le fond des problèmes posés par l’éclairage urbain (fixe et public des rues), la vidéo protection et les hypothèses guidant les choix stratégiques pour les traiter.

Est-ce que la municipalité actuelle est en mesure de préciser le rôle joué par l’éclairage sur les violences et les incivilités dans nos territoires ? Nous en doutons.

Quel est l’impact du niveau d’éclairage artificiel (sa puissance) sur le nombre de crimes et délits perpétrés dans les rues de La Rochelle depuis 2014 ?

 Pourquoi chercher à sécuriser davantage le centre ville, que les quartiers populaires ?

Cibler ce travail, à La Rochelle par rapport aux problèmes qui se posent réellement dans le centre ville et les quartiers est indispensable; le resituer à la fois dans l’ensemble des politiques de lutte contre l’insécurité et des politiques d’aménagement urbain sera également capital si l’on veut dépasser la vision mécaniste et simplificatrice de la lumière ou du recrutement de nouveaux agents comme panacée rédemptrice de l’agressivité humaine en fonction des saisons.

Les imaginaires sociaux des quartiers et de la ville, ainsi que de l’ordre social ne doivent pas fausser le réel. La sécurité des uns peut devenir une insécurité pour les autres, et nuire aux libertés individuelles. « Le droit de la particularité du chacun», la satisfaction individuelle subjective, est un droit dont la reconnaissance est fondamentale et caractéristique du monde d’aujourd’hui, la société civile est précisément le lieu de son plein épanouissement.

La volonté de se préserver des dangers de la nuit et de conjurer une peur ancestrale de l’obscurité est en effet très généralement admise comme étant le facteur déterminant du développement des systèmes d’éclairage, depuis l’âge des cavernes jusqu’à l’âge urbain. Bien des questions concernant l’éclairage et la sécurité restent sans réponses.

Souvenons nous, qu’autrefois au XVe et XVIe siècle, l’éclairage public n’avait aucune relation avec la sécurité mais avec plutôt avec l’art urbain. Les illuminations correspondaient à une représentation du pouvoir, à une logique d’ordonnancement de l’espace, et à l’embellissement de la cité. Ce n’est qu’au XVIIe et XVIIIe siècle que l’usage de l’éclairage s’orienta vers des stratégies de maintien de l’ordre (au sens sécuritaire). À l’époque, les lanternes et réverbères sont considérés comme les instruments principaux de la « machine sécuritaire ». Ils permettaient aux agents de l’ordre de voir en pleine nuit les malfaiteurs pour les interpeller en cas de délit ou de crime dans les rues.

La tache de la police est de prévenir, corriger, et gérer les contingences propres de la société civile. La prévoyance assurée par la police a pour fin d’effectuer et de préserver l’universel qui est contenu dans la particularité de la société civile. À elle d’assurer la protection et la sécurité des gens de fins et d’intérêts particuliers.

Au XVIIIe siècle, la visibilité qu’offre l’éclairage nocturne a permis de réduire le nombre de Policiers surveillants. On est passé d’une surveillance active continu à une surveillance possible. La maxime après minuit, chaque lanterne vaut un veilleur de nuit, fait allusion aux nouvelles capacités visuelles offertes par les dispositifs d’éclairage (permettant de mieux voir alentour). Les gens de l’époque avaient intégré dans leur inconscient l’idée qu’ils étaient susceptibles d’êtres surveillés en permanence.

Un peu, comme ce qui ce passe avec les caméras que l’on trouve à différents endroit de la ville. Les Rochelais, savent qu’ils sont potentiellement filmés et observés.

Les autorités ont contribué fortement au développement des sources lumineuses. C’est dans le cadre d’un concours organisé par le chef de la police parisienne que la lanterne à réflecteur a été mise au point dans les années 1760.

Aujourd’hui encore la logique disciplinaire, qui entoure l’éclairage des rues persiste et se renforce. La relation de pouvoir de l’ordre instauré dans et par la ville nocturne a fini par être acceptée au point d’être quasiment oubliée.

L’importance accordée ces dernières années à l’éclairage et à la sécurité de la ville de La Rochelle a été renforcée de façon diffuse à certains endroits. La majorité en place semble craindre les violences des étudiants et des touristes, c’est pourquoi elle a préféré selon l’opposition municipale investir dans la sécurité au détriment des TAP (Temps …). MCR, regrette naturellement la non continuité des TAP.

“Notre liberté est menacée par le besoin de sécurité et la sécurité elle-même est menacée par le souci obsédant qu’on en a.”

Norbert Bensaïd

 

Il est communément admis que l’éclairage urbain a un effet potentiel à la fois sur la criminalité effective et sur la peur du crime (sentiment d’insécurité). Nous devons repenser l’éclairage urbain et la protection des « biens propres », à savoir « la vie des habitants, leur liberté, leurs richesses » de façon à réduire les incivilités, vols, agressions, cambriolages, prendre en compte à la fois les besoins des « enfants de la lumière » et les « disciples de l’ombre », renforcer le sentiment de liberté des Rochelaises et Rochelais. Bien évidemment les logiques de l’architecture de certains quartiers doivent également évoluer, si l’on veut réellement sortir de l’anonymat, du repli sur soi et de la défiance de l’autre. À la vue de l’actuel projet urbain qui a un horizon « 2030 », ce n’est malheureusement pas encore le cas. Les immeubles anciens et les zones sombres sont toujours là et l’absence de nouveaux espaces collectifs sont rares  ! 

Comment reconnaître un visage ou identifier un danger dans la rue de nuit s’il y’a insuffisance d’éclairage ?

Les piétons et les cyclistes n’ont pas toujours la capacité de se voir les uns les autres dans les rues des quartiers. Le sentiment de sécurité des rochelais ne règne pas encore partout.

Selon nous, la Police municipale doit porter une attention particulière aux possibles nuisances produites par les individus dans l’usage de leur propriété privée. Autant faire ce peu, elle doit administrée de l’instruction publique aux personnes et corriger les contingences et contradictions produites par le procès du système des besoins des parties en litiges ; davantage de conciliation et de médiation.

À nous d’aborder la construction de l’éclairage et de la sécurité des rochelais sous des angles novateurs dépassant la stricte question de la surveillance-répression. Nos projets doivent être le contraire de la violence et non le prolongement de celle-ci sous d’autres formes. Après tout, c’est le contribuable qui paye.

Compte tenu de l’état des incivilités et des violences physiques et psychiques que connaît la ville, on peut se poser la question de savoir si les moyens humains et matériels mobilisés par la majorité sont réellement adaptés à la réalité qu’ils entendent couvrir sur nos quartiers et communes ?

À l’horizon 2030, ne produisent-ils pas le contraire de ce qu’ils cherchent à éviter ?

Le Mouvement Citoyen Rochelais compte se saisir de l’éclairage et de la sécurité des Rochelais avec douceur, conscience des réalités du terrain, méthode et humanité. Nous pensons que le lien vaut bien plus que le bien, que le vivre ensemble se construit collectivement, et que nous ne devons pas tomber dans les excès sécuritaire au point d’asphyxier nos âmes. La sécurité et l’éclairage pour nous, doivent être le fruit d’un processus de construction et de transformation sociales maîtrisés. Nous devons repenser ce couple dans une perspective d’émancipation et de progrès environnemental. Beaucoup de travail reste à faire.

 
 L’homme prévoyant se met en sûreté avant 
même d’avoir éprouvé du mal. 

Sénèque ; Lettre à Lucilius – env. 64 ap. J.-C.