On ne peut défendre la laïcité́ sans en donner une définition claire et dépourvue d'ambiguïté


 

La laïcité́ est un pilier de la République une et indivisible. Elle est aussi un principe vivant et porteur de droits inaliénables, garantis à tout membre de la société́, français ou étranger. Ces droits sont la liberté́ de conscience et de culte. L'égalité́ des citoyen·ne·s en tout domaine sans discrimination aucune. Et enfin la séparation du politique et du religieux, l'un dans la sphère publique, l'autre dans la sphère privée, sans emprise de l'un sur l'autre. De cette séparation découle la neutralité́ de l'État à l'égard de toutes les convictions philosophiques, religieuses ou politiques. 

La laïcité lie ainsi de manière indissociable trois principes qui assurent l'unité du peuple. Le premier principe est la liberté de conscience. Elle permet à chaque citoyen·ne de trouver sa place dans l'espace public quelles que soient ses convictions. Le deuxième l'égalité des droits de toute·s les citoyen·ne·qui leur garantit notamment un droit égal à participer à la délibération publique. Le troisième est la dévolution de la puissance publique à l'intérêt général

Mais la laïcité est désormais utilisée dans le débat public pour cacher d'autres buts. Le principe de laïcité est malmené́ d'une part par les tenants des petits arrangements qui ont organisé́ au fil des années démissions et compromissions. Et d'autre part par ceux qui travestissent le principe en ciblant une religion et une seule, comme nous l'avons encore vu avec la grotesque polémique du « burkini » de l'été 2016. Seulement utile à masquer les échecs sociaux, ce cléricalisme déguisé́ n'appartient pas qu'à l'extrême droite. LA PLUPART DES PARTIS POLITIQUES SONT CONTAMINÉS. 

Fragilisée par le capitalisme, la société́ se fragmente et se communautarise sous les coups des extrémistes religieux de tous bords. Certains revendiquent même le pouvoir politique. Pour eux, la recherche de boucs émissaires ou le repli « identitaire » permettrait de tout régler. D'autres semblent penser que la laïcité́ est un sujet qui divise quand on veut la justice sociale et qu'on lutte contre les inégalités

Aujourd'hui les tenants du « choc des civilisations » alimentent et utilisent les fanatiques religieux qui revendiquent le pouvoir temporel. Les puissants ont toujours cherché des arguments et des alliés pour justifier le partage inégal des richesses... Ainsi, ils peuvent faire accepter qu'un petit nombre d'individus possède autant que des millions d'autres. Leur croisade ne sert qu'à détourner l'attention des véritables responsables des injustices dont les peuples sont victimes. 

La laïcité est aussi attaquée par les institutions européennes. Le préambule du traité de Lisbonne déclare même s'inspirer « des héritages culturels, religieux et humanistes de l'Europe, à partir desquels se sont développées les valeurs universelles que constituent les droits inviolables et inaliénables de la personne humaine, ainsi que la liberté́, la démocratie, l'égalité́ et l'État de droit ». Croire que certains héritages religieux seraient à l'origine de la liberté, de la démocratie, de l'égalité est une lecture biaisée et erronée de l'Histoire. L'héritage laïque de la France remonte aux penseurs des Lumières ! 

Le traité de 2005, rejeté́ par référendum par le peuple français dont le traité de Lisbonne est une copie conforme, allait encore plus loin. Ce texte voulait reconnaître les représentants cultuels comme un interlocuteur dans le processus normatif du droit européen : c'est l'exact contraire de la séparation des Églises et de l'État à la française. En 2014, le chef de l'Église catholique est invité au Parlement européen. Son président, Martin Schulz, défend alors le « rôle de premier plan de l'Église pour limiter les dégâts, matériels et immatériels, de la crise économique ». La charité chrétienne appelée à la rescousse pour atténuer les désastres des politiques européennes d'austérité ! 

La laïcité est aussi foulée aux pieds au sommet de la République. Les gou- vernements de Hollande n'ont pas fait mieux que ceux de Sarkozy sur ce point non plus. Sitôt élu Président de la République, Nicolas Sarkozy s'est rendu au Vatican pour se faire ordonner chanoine de Latran, survivance bigote et inutile d'un privilège jadis accordé aux rois de France. Dans son discours de Latran en 2007, il s'est livré à une relecture orientée et caricaturale, des relations entre l'État et les Églises. Reprenant la rhétorique traditionnelle des cléricaux, il s'est mis à réclamer une « laïcité positive ». Or la laïcité n'a pas besoin d'être « positive » ; il lui suffit d'être la laïcité. Son discours fut une vigoureuse attaque contre l'enseignement public et laïque en France en osant déclarer « dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé. » 

La situation n'a guère été plus brillante sous le quinquennat de François Hollande, lui aussi acceptant le titre de chanoine de Latran. En septembre 2012, Manuel Valls, alors ministre de l'intérieur, s'est même rendu à une cérémonie de béatification en la cathédrale de Troyes, une première dans l'histoire de la République1. Ces représentants de l'État n'hésitent plus à assister à des cérémonies religieuses à grand renfort de communication pour flatter les ressorts communautaristes.